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Réunion publique d’information avec Stop Newcleo Aube

Voulez-vous d’une usine de combustible nucléaire aux portes de nos territoires ?

Alors que le débat public se précise autour du projet d’usine de combustible MOX porté par l’entreprise Newcleo dans nos territoires, le collectif Stop Newcleo Aube vous invite à une réunion publique d’information avec Michel Labrousse, ancien membre du CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) et membre de l’association scientifique Global Chance.

Quelle est la technologie Newcleo, sa filière et ses avancées ? Le projet Newcleo est-il viable et réalisable dans les temps annoncés ? Quel avenir se dessine pour nos territoires ? Et pour quels dangers?

Venez nombreux et nombreuses pour vous informer et poser les questions nécessaires avant le débat public du printemps. Nous sommes toutes et tous concerné-es!

Plus d’informations sur Newcleo et ce projet d’usine sur Atomic Marnay

Retours et point de vue anarchiste sur le mouvement Indignons-nous à Troyes – Partie 3/3

Mobilisations agricoles, DNC, Mercosur, hypocrisie et spécisme

Le 2 décembre dernier est annoncé l’abattage total dans un élevage du Doubs suite à un cas de dermatose nodulaire contagieuse. 82 vaches sont concernées. Aussitôt les appels au blocage pour empêcher les services vétérinaires de faire leur travail se succèdent. Solidarité entre agriculteurices, soutien populaire, affrontements avec la police. Au travers de plusieurs vidéos filmées dans plusieurs manifestations où des agriculteurices somment au flics d’aller « nettoyer les quartiers » nous constatons que beaucoup découvrent que la police ne sert pas qu’à mater certaines populations ciblées mais aussi à réprimer n’importe quel mouvement contestataire trop gênant pour l’État et le capital. Peut-être faut-il y voir un lien avec le fait que les banlieues ne se mobilisent pas assez au goût de certain-es. Vous connaissez la suite, tout le monde est dispersé et les vaches abattues. Le 11 décembre idem, cette fois à Bordes-sur-Arize en Ariège. Même cause, mêmes effets. 208 vaches trouveront finalement la mort, euthanasiées. 
La France entière s’offusque qu’on tue « pour rien » tandis que les éleveureuses mobilisent les champs lexicaux de l’abattage et de la mort pour décrire leur situation. Un tract de la Confédération Paysanne est allé jusqu’à parler dans un tract du « regard des vaches face à leur croque-mort » qui « hantent leurs esprits. » Les animaux, les seuls à réellement mourir, sont soient oubliés soit relégués au rang de marchandises, qui cette fois n’ont plus aucune valeur puisque leur chair ne pourra être ni vendue ni consommée. Et quand ils sont enfin mentionnés, ce n’est que pour mieux rappeler la détresse des éleveureuses.
À ce stade, deux visions s’opposent. Celle de la FNSEA, alignée sur celle de l’état, qui demande l’abattage total dans les élevages impactés mais qui refuse la vaccination généralisée qui ferait perdre le statut de « pays indemne » à la France et impacterait durement les échanges commerciaux. Et celle de l’alliance contre nature entre la Coordination Rurale et la Confédération Paysanne qui préconise vaccination et abattages ciblés. Les animaux eux, n’ont évidemment pas voix au chapitre. Nous ne nous étendrons pas sur la résurgence des discours antivax à cette occasion car ce n’est pas notre sujet. Néanmoins, nous constatons une fois de plus les effets de la communication désastreuse du gouvernement depuis le covid.
Les associations animalistes et antispécistes sont, elles, exhortées à se prononcer. Sauf qu’il réside là un oubli majeur: les éleveureuses et leurs soutiens se soucient du « bien être » animal selon une quête de profit, qu’il soit financier ou gustatif, là où nous nous en soucions à cette seule fin. Épargner des animaux pour les abattre plus tard dans des conditions tout aussi violentes et horribles est absurde et affreusement hypocrite. 3 millions d’animaux passent chaque jour les portes des abattoirs du pays pour n’en ressortir que morts, vidés, démembrés, découpés, prêts à être conditionnés, consommés et finalement chiés. Mais les gens aiment les animaux nous dit-on. Curieuse façon de le manifester que de transformer l’être aimé en cadavre puis en déjections. Mais ce n’est pas visible, les murs des abattoirs sont opaques et il ne faut pas en parler. Et le cycle recommence, sans fin.
Encore une fois, on nous opposera l’argument du « petit élevage paysan, vertueux et respectueux des animaux » mais n’oublions pas que, comme l’explique très bien cet article paru sur Nantes Indymedia : « Tout autant que l’élevage industriel, l’élevage dit paysan recourt à l’insémination artificielle, à la sélection génétique des races les plus productives, des individus sans corne, à des mutilations (castration, écornage) et à la séparation veau/vache. La dichotomie soigneusement entretenue entre ces deux formes d’élevage tend à nous faire oublier que l’issue pour les animaux est la même, leur mise à mort pour la consommation humaine. Ce « paravent éthique » permet la perpétuation de l’idée que les animaux non-humains sont une ressource à notre disposition et sauve en réalité l’élevage industriel qui continue à être le principal pourvoyeur de viande pour les consommateurs. » 
Comme un écho à cette citation, la Coordination Rurale a demandé l’abrogation de l’interdiction des cages pour les poules pondeuses dans une proposition datée du 15 janvier. Voilà donc le modèle que défend une frange de la soi-disante « paysannerie » !
Il ne faut pas en parler, mais. Le « hasard » fait curieusement les choses puisque le 11 décembre sortait une nouvelle enquête L214 tournée dans l’abattoir de Cosne-Cours-Sur-Loire. La violence des images est telle que nous vous épargnerons le moindre descriptif. Nous nous demandons bien pourquoi les éleveureuses si prompt-es à verser des larmes pour des euthanasies ne bloquent pas aussi ces abattoirs puisqu’à les écouter le « bien être » animal est pour elleux une condition sine qua non, même lors de leur mise à mort. Si vous vous demandez où sont les antispécistes, iels sont là, à enquêter ou à bloquer dans ces endroits sordides où personne d’autre ne veut aller.
Quand nous posons la question, l’alternative proposée est toujours la même : l’abattage à la ferme. Soit un coût exorbitant pour une production beaucoup plus faible si cette alternative devait être généralisée réservant les produits carnés aux classes les plus aisées. Si nous assisterions de fait à une diminution drastique du nombre d’animaux tués, sauf à déployer des moyens gigantesques, cela se ferait donc pour les pires raisons. Et cela n’arrivera de toute façon pas, ce que l’article de Nantes Indymedia cité plus haut dit pour les élevages étant aussi vrai pour les abattoirs: l’abattage à la ferme maintiendra l’illusion d’une tuerie « éthique » tout en garantissant la pérennité des abattoirs industriels nécessaires à l’approvisionnement en viande des étals de la grande distribution. Quant aux conditions d’abattage dans ces tueries mobiles, les contrôles n’étant déjà pas effectués dans les abattoirs les plus modernes, qu’en sera-t-il ici, cette pratique ne garantissant rien du tout à ce propos ? 
L’hypocrisie de la situation ne s’arrête pas là car pendant que la France entière avait les yeux rivés sur les élevages bovins, des dizaines de milliers de poules, dindes et canards étaient abattu-es dans des conditions similaires liées à la propagation de la grippe aviaire et ce, dans une indifférence générale. Sans doute fallait-il ménager les consommateurices à l’approche des fêtes… Par ailleurs, des populations d’animaux sauvages s’effondraient pour les mêmes raisons, notamment les grues cendrées du parc naturel de la Forêt d’Orient en ce qui concerne le département tandis que faute de financement suffisant, le centre de soins pour la faune sauvage de Soulaines-Dhuys prolonge sa fermeture. Nous avons hâte de voir la peste porcine passer la frontière espagnole pour assister à d’autres grands moments médiatiques dégoulinants de spécisme. Signalons néanmoins les articles successifs traitant du sujet dans Mediapart que nous n’attendions pas sur ce terrain.
Les épidémies se succèdent, provoquées invariablement par l’élevage, la proximité génétique et le confinement des animaux qui y sont exploités en attendant la mort ou par la destruction des espaces de vie des animaux sauvages, et provoquant invariablement les mêmes larmes hypocrites sans que la question d’une alternative à l’élevage ni même d’une remise en cause de nos modes de production ne soit jamais posée sérieusement dans les espaces médiatique et politique alors que des solutions existent, notamment l’aide à la reconversion vers des exploitations végétales, le plus souvent portées par des antispécistes comme les associations TransiTerra et Coexister. Et rappelons au passage qu’en terme de volume la première production de l’élevage n’est ni la viande, ni le lait ni même les oeufs mais bel et bien les déjections. De quoi se rappeler un peu plus frontalement des problèmes sanitaires à venir et une manière plus nuancée de dire que l’élevage, c’est definitivement de la merde.

La colère contre la politique d’abattage de l’état ne vint pas seule puisque s’approchait aussi la signature du traité de libre échange entre l’Union Européenne et 5 pays d’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Bolivie). Nous regrettons que la médiatisation autour de ce traité n’ait été, sans surprise, centrée que sur la France métropolitaine et l’UE et n’aborda que très peu le sujet du point de vue de l’Amérique du Sud, ce qui aurait pu mettre en lumière le mouvement des Paysans sans terre, et encore moins celui des colonies déjà submergées de produits sud américains et dont les sols pollués notamment au chlordécone ne permettent plus une agriculture viable.
S’il existe des tas de raisons valides de s’opposer au Mercosur, nous dénonçons là encore l’hypocrisie du monde agricole bien silencieux lorsqu’il s’agit des paquebots de tourteaux soja en provenance du Brésil et à destination du bétail français ou d’acheminer les hormones issues des fermes à sang d’Argentine. Pour des informations plus précises sur les répercussions sur l’élevage français, nous vous conseillons aussi cette vidéo de L214 et rappelez-vous la proposition de la Coordination Rurale sur les poules en cage après l’avoir visionnée.
Toutes ces mobilisations se firent au prix de choix politiques que nous qualifions ni plus ni moins de trahisons. Nous aurions aisément pu comprendre une position tiède de la part des Soulèvements de la Terre du fait de leur proximité avec la Confédération Paysanne. Cela s’entend stratégiquement et nous sommes convaincu-es que des ponts doivent être trouvés lorsque les enjeux dépassent le clivage spéciste / antispéciste comme c’est le cas pour les mégabassines ou l’A69, en soutien aux employé-es d’abattoir en grève, tout comme nous reconnaissons les enjeux sociaux qui touchent le monde agricole particulièrement concerné par la grande précarité subie par certain-es d’entre elleux. Hors là, il n’était même pas question de soutenir « des » éleveureuses mais bien de soutenir « l’élevage » en tant que pratique et un tel soutien affiché et actif à l’élevage et à son monde est incompréhensible pour une organisation qui revendique une écologie radicale. Et cela alors que de nombreux appels étaient conjoints entre la Confédération paysanne et la Coordination Rurale, dont le président nouvellement élu déclarait peu de temps avant qu’il souhaitait faire la peau aux écolos. Nous avons aussi été témoins de ce soutien bancal parfois saupoudré de virilisme dans des groupes soi-disant antifascistes.
Nous ne reviendrons pas sur la longue liste des exactions, agressions ou menaces de la Coordination Rurale qui auraient dû être suffisantes à l’établissement d’un cordon sanitaire strict et non négociable dès la première minute. Il aura fallu que de nouvelles agressions aient lieu en marge des manifestations pour qu’une distanciation soit enfin effective, comme si cela n’était pas previsible. Une adhérente de la section auboise a péniblement reconnu qu’il s’agissait d’une erreur. Nous en prenons bonne note mais attendons plus que de simples regrets. L’alliance avec le fascisme n’est jamais anodine et restera comme une tâche indélébile qui ne s’estompera qu’après une traduction en actes clairs et répétés de ces regrets. Et quand bien même la Confédération Paysanne de l’Aube ferait le travail nécessaire, nous n’en garderons pas moins un oeil attentif sur ce qui est entreprit ailleurs et particulièrement au niveau national, les explications à ce sujet de Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération Paysanne, dans l’émission France Deter du 12 janvier sur la chaîne Au Poste face à David Dufresne ne nous ayant pas pleinement convaincues.
D’autant plus que nous garderons toujours en tête que la Confédération Paysanne reste un syndicat patronal. Si de nombreux-ses agriculteurices connaissent une situation difficile et subissent une violente précarité, c’est bien leur rapport au capital qui importe ici plus que leur compte en banque et nous n’avons donc pas été étonné-es de les voir se jeter dans les sillons des fascistes à la première occasion pour défendre leurs intérêts là où les ouvrier-ères agricoles et leurs revendications sont comme toujours écarté-es. Signalons qu’au niveau local, un centre d’hébergement pour ouvrier-ères agricoles immigré-es a été fermé début janvier suite à une enquête révélant l’insalubrité des lieux.
Il serait vraiment temps de se saisir de cette question et d’arrêter d’oublier, volontairement ou non, les travailleureuses salarié-es (ou pas d’ailleurs, rappelons l’importance du travail bénévole de la famille en particulier des femmes) quand on invoque la « paysannerie » alors que les personnes mobilisées que nous avons vues manifester leur colère à Paris, à Bruxelles ou ailleurs, devant des fermes ou bloquer des autoroutes sont pour la plupart des exploitant-es qui pouvaient se le permettre, profitant de leur statut pour déléguer leur travail à d’autres, leur permettant ainsi de se rendre sur les points de mobilisation.
Il nous semble malgré tout nécessaire d’affirmer notre soutien, très critique donc, à la Confédération pour la répression qui s’abat sur elleux (un exemple ici et un autre là) celle-ci étant évidemment très ciblée et révélant une fois de plus le deux poids deux mesures des forces coercitives de l’État. Nous n’assistons en effet jamais à une telle répression lorsque la FNSEA ou la CR provoquent des millions d’euros de dégâts, déversent lisier et autres déchets sur des bâtiments publics aux frais du contribuable ou assassinent des animaux en public pour faire entendre leurs revendications, les un-es étant reçu-es en grandes pompes à Matignon, les autres pouvant faire à peu près tout et n’importe quoi dans une relative tranquillité.

Et Indignons-nous dans tout ça? Le sujet a été amené une première fois en date du 12 novembre quand la FDSEA10 s’était rassemblée devant la préfecture. Des membres du collectif étaient sur place et ont partagé des vidéos sur le canal de discussion. Notre désapprobation fut posée sans que cela ne suscite plus de discussion. C’est assez tardivement ensuite que la question du soutien s’est posée à nouveau. Une distanciation de plusieurs membres fut déjà établie suite au soutien affirmé d’un compte Bloquons Tout sous la forme d’une cagnotte à destination aussi bien de la Confédération Paysanne que de la Coordination Rurale partagée sur X. Un comble qui n’empêchera pas certain-es de réitérer leur soutien. Les autres membres du collectif ne souhaitant pas prendre de distance avec le mouvement national ni explorer d’autres formes d’organisation plus indépendantes, il ne nous restait plus qu’à le quitter pour de bon.
Malgré les essais répétés pour y faire exister la lutte pour la libération animale, celle-ci ne fut que très peu considérée, au même titre que les luttes écologistes mentionnées dans notre première partie. D’évidence, l’antispécisme est encore une lutte marginale aux yeux de la société, même à gauche. Et par conséquent cela revient la plupart du temps à n’en faire qu’une lutte secondaire voire à lui retirer totalement le statut de lutte. Elle dépasse pourtant largement les seuls enjeux animalistes puisqu’elle touche aussi aux problématiques environnementales, décoloniales, de santé publique, d’accès à une alimentation saine et suffisante pour toustes, de conditions de travail dans plusieurs secteurs etc… Et elle nous oblige à regarder un peu plus frontalement ce qu’est une oppression et comment celles-ci s’opèrent. Nous pourrions dire la même chose d’autres luttes souvent déconsidérées par ailleurs et il est regrettable que la gauche ait parfois tant de mal à reconnaître ces mécaniques. Plus les individu-es sont perçu-es comme « lointain-es » moins l’oppression est identifiable comme telle. Des valeurs de gauche solides sur leurs appuis devraient pourtant briser ces frontières et traiter l’individu-e pour ce qu’iel est: un-e individu-e, et lui reconnaître de ce fait son droit fondamental à des conditions d’existence satisfaisantes et épanouissantes.

Alors pour conclure, un échec? Pour Indignons-nous Troyes, très certainement. L’énorme gâchis qu’a constitué le collectif en est une preuve éclatante. Et pouvons-nous s’il-vous-plaît nous arrêter 5 minutes sur le fait qu’un collectif se réclamant de « bloquons tout » n’a absolument rien bloqué en 4 mois ?Nationalement, à voir ce que donneront les mobilisations de printemps mais comme développé dans l’article précédent, nous ne partons pas confiant-es. Pour nous, des enseignements ont été tirés de cette expérience, des rencontres ont été faites, des liens tissés, nous avons une vision plus précise de ce qui compose la « gauche » locale et des problèmes qui la traversent et la motivation à créer nous-mêmes est de nouveau plus que présente. Il est triste de n’agir toujours qu’en réaction. Alors nous passons à l’offensive. 

Depuis notre départ, les réseaux sociaux sont laissés à l’abandon. Le canal telegram n’est toujours pas sécurisé mais de toute façon inactif.

Retours et point de vue anarchiste sur le mouvement Indignons-nous à Troyes – Partie 2/3

Orientations politiques, stratégies d’éducation populaire et potentielle suite

Alors que le mouvement local s’éteignait peu à peu, trois éléments ont relevé une importance particulière. Tout d’abord la volonté de certain-es membres de le raviver en demandant aux personnes de remplir un formulaire dans lequel elles étaient invitées à expliquer leur projet politique, quel type de structuration elles souhaitaient voir mises en place et leurs ressentis par rapport à la stagnation du groupe. Partant d’une bonne intention que nous saluons, sont apparues des volontés très différentes quant à l’organisation, certaines personnes optant pour une structuration stricte faite de bureaux ou d’instances. Autant dire qu’en tant qu’anti-autoritaires, nous ne nous reconnaissons pas dans ces propositions. Nous réaffirmons notre volonté de nous organiser sans la moindre dynamique de pouvoir, tout du moins en les limitant autant que possible, tout en développant une culture de la sécurité solide. Culture de la sécurité qui faisait cruellement défaut malgré les mises en gardes successives durant ces 4 mois et l’intrusion de trolls fascistes sur les canaux de discussion. N’importe qui peut y avoir accès et l’ensemble des messages sont visibles sans même à avoir le rejoindre. Même si aucune action véritablement sensible n’a été revendiquée, ni par Indignons-nous Troyes, ni par notre groupe affinitaire, il est pour nous primordial d’assurer la sécurité de toustes, ne pouvant prédire ce que nos ambitions futures nous amèneront à réaliser. Et c’est une simple question d’autodéfense face à un ordre de plus en plus sécuritaire où la surveillance de masse devient la norme. Nous invitons tout le monde, militant-es ou non, à se saisir du sujet urgemment.

Le second élément est la création d’un club de lecture organisant des arpentages autour d’ouvrages politiques. Chose que nous souhaitions mettre en place nous aussi. Le souci étant cette fois que ces arpentages constituèrent pendant les semaines suivantes les seuls moments d’échange. Si cette méthode de travail collectif peut constituer une source d’apprentissage et d’empouvoirement puissante pour un bon nombre de personnes, la lecture est un exercice qui ne parle pas nécessairement à tout le monde. Certaines personnes peuvent éprouver des difficultés à lire ou à rester concentré-es sur un texte, y compris en groupe, voire SURTOUT en groupe, y compris quand iels l’ont choisi (oui, nous sommes parfaitement conscient-es du paradoxe d’écrire cela dans un texte aussi long). La tâche est rendue encore plus ardue lorsque le texte est « imposé » même si son choix est issu d’un processus aussi démocratique que possible. Le format scolaire peut également constituer un frein.
Aussi ce sont souvent les mêmes personnes qui y participent. Le risque est alors de créer une culture commune entre ces personnes et de déboucher sur un entre soi type « avant garde » intellectuelle qui prend le dessus sur les personnes qui n’ont pas le même capital culturel. Mise en parallèle avec cette volonté de structurer le groupe en instances avec un bureau décisionnaire, cette pratique, menée seule, nous apparaît comme extrêmement dangereuse, réactivant des dynamiques de domination entre les individu-es.
Une première piste serait par exemple de diversifier les supports pour attirer des sensibilités différentes : documentaires, écoutes de podcast, discussions libres sans support, ateliers créatifs… Il est vrai que nous n’avons rien proposé de tout cela sur le moment, hormis la projection du film Nous sommes des champs de bataille de Mathieu Rigouste qui a bien eu lieu le 11 janvier mais n’a pas tant attiré les membres d’Indignons Nous. Notre manque de motivation à proposer et le leur à assister à la projection peuvent néanmoins s’expliquer par les conflits déjà présents dans le groupe. Et surtout, si la théorie et le partage de connaissances restent des vecteurs d’émancipation importants, mettre cet apprentissage en pratique est primordial si l’on souhaite pérenniser nos luttes. Les liens créés sont beaucoup plus solides lorsqu’ils sont mis à l’épreuve tandis que s’enfermer dans un schéma d’apprentissage mène à l’immobilisme et ne permet que rarement l’établissement d’un terreau fertile pour de véritables camaraderies qui nous manquent tant dans une société qui pousse toujours plus au repli et à l’isolement. Peu importe la taille de votre bibliothèque, votre culture n’apporte rien à la société si elle constitue votre seul horizon.

Pour terminer, une personne entra dans le groupe de discussion et se présentant comme une représentante du mouvement Indignons-nous au niveau national, nous invita à participer à la préparation d’une semaine entière de mobilisations et de blocages prévue pour ce printemps, en coordination avec les syndicats et en soutien aux agriculteurices. La même erreur que l’été dernier est donc répétée: annoncer un mouvement des mois à l’avance au lieu de tenter quelque chose de plus spontané et d’inattendu qui peut très bien ne pas fonctionner non plus, certes, mais qui aurait au moins le mérite de prendre de court les structures de pouvoir et d’explorer une approche différente. Bien sûr que cela demandera toujours un minimum de préparation si nous voulons frapper suffisamment fort pour avoir un impact. Mais qui sait si un ou deux exemples d’actions réussies et bien pensées pour que la communication et les retombées médiatiques soient virales ne suffiraient pas à déclencher une réaction en chaîne ? Ainsi le mouvement pourrait devenir une sorte de nébuleuse insaisissable, organisant des blocages ou des manifestations sauvages de façon régulière et pas seulement sur une semaine bien définie à l’avance et complètement prévisible facilitant sa répression. Il y a déjà plus de 500 personnes sur ce groupe. Largement suffisant pour préparer une première action d’ampleur sans attendre. Et encore une fois pourquoi faire cela sur Telegram quand des applications bien plus sécurisées existent? Cela pourrait être l’occasion de démarrer des formations d’ampleur sur la sécurité numérique. 
En prime la trahison d’un des principes fondamentaux du mouvement de base: faire sans les syndicats et autres institutions qui depuis trop longtemps n’agissent qu’en briseurs de luttes. Franchement, qu’espérer des syndicats sur une semaine entière quand ces derniers ne sont plus capables de proposer autre chose que des grèves perlées inutiles qui précarisent un peu plus les grévistes, les découragent, participent à la démobilisation générale et nous enferment toustes dans une spirale de l’échec? Et de toute façon qu’espérer de syndicats qui comportent des sections « police » dans leurs rangs sans que cela ne soit jamais questionné? Qu’espérer de la CFDT en particulier qui, après un historique déjà rivalisant avec celui du PS, a laissé un homme arborant un drapeau Alliance (vous avez bien lu) s’incruster au milieu de leur cortège troyen lors de la manifestation du 2 octobre? Saluons au passage les camarades muni-es d’une sono qui ne l’ont pas lâché d’une semelle. Comment leur accorder la moindre confiance quand trop souvent leurs services d’ordre ont collaboré en aidant à la répression de nos camarades autonomes? N’attendons rien de ces institutions, adressons-nous à leur base! Nous invitons les personnes du département intéressées par le syndicalisme à plutôt se rapprocher de nos camarades de la CNT dont la section locale vient d’ouvrir.
Et qu’espérer des agriculteurices qui seraient alors mobilisé-es depuis 4 ou 5 mois voire plus ? Comment peut-on sérieusement faire le pari d’une mobilisation aussi longue, aussi déterminées soient les personnes en lutte?

Encore une fois nous serons présent-es si cela se concrétise, même sous cette forme (et nous en doutons déjà fortement) car nous estimons que toute occasion est bonne pour visibiliser nos luttes. Tout du moins dans le respect du cordon sanitaire obligatoire face aux idées réactionnaires. Sur ce point, pratiquant le pragmatisme politique, nous considérons la rencontre entre la crise agricole et un mouvement social beaucoup plus large comme un tremplin inespéré pour les valeurs antispécistes qui nous animent et que nous clamerons haut et fort malgré les idées nauséabondes qui pullulent chez les agriculteurices. Nous serons donc présent-es, une fois n’est pas coutume, aussi en opposition franche avec un pan entier de la mobilisation, nous tenant aussi loin que possible de la Coordination Rurale et de la FNSEA. Le spécisme étant si banalisé, il nous semble nécessaire de faire ce genre de compromis difficile pour faire exister la lutte pour la libération animale en dehors de nos cercles habituels. Nous conclurons sur ce point, celui-ci nous amenant au thème de l’article suivant qui sera publié dans les jours à venir et qui nous permettra aussi de revenir sur le cas de la Confédération Paysanne qui a fait la triste mais attendue démonstration que les intérêts corporatistes semblent lui importer davantage que les valeurs progressistes prétendument défendues.

Retours et point de vue anarchiste sur le mouvement Indignons-nous à Troyes – Partie 1/3

Pendant l’été 2025 sont apparus de nombreux appels à la mobilisation pour la rentrée. D’abord très confus, puis avec une récupération plutôt réussie des forces de gauche, nous avons néanmoins préféré rester observateurices dans un premier temps, les promesses de mobilisation à une date fixée des mois plus tard nous apparaissant comme vouées à l’échec. Nous nous sommes malgré tout laissé-es convaincre, souhaitant profiter de l’élan pour, peut-être, trouver des personnes avec qui partager nos idées et affirmer nos luttes sur le plan local. En parallèle éclatait une crise agricole qui allait contribuer à installer durablement une scission parmi nous. Notre retour d’expérience est donc pour le moins mitigé. Cependant, plusieurs enseignements sont selon nous à tirer de cette expérience et il serait dommage d’effacer ce moment de lutte de nos mémoires et de l’histoire militante locale, déjà bien assez pauvre.

Mouvement disparate, centralisme et dynamiques d’oppression 

Alors que le gouvernement Bayrou s’effondrait dans le grotesque le plus total suivi d’un cirque médiatique et institutionnel encore inédit, un vent de colère semblait s’emparer du pays, notre petite cité ne faisant pas défaut. Un seul mot d’ordre: Macron démission. La manifestation du 10 septembre puis celle du 18 furent des moments galvanisants, suivis d’assemblées générales et tout indiquait que quelque chose d’inhabituel se passait. Un mouvement social s’organisait avec l’ambition de tenir et se dotant d’outils pour cela.  Mais très rapidement apparurent ce qui est constitutif de ces mouvements larges sans lignes claires: de très fortes divergences entre révolutionnaires et réformistes jusqu’aux positions les plus tièdes. Les AG se succédèrent sans donner lieu à la moindre mise en œuvre d’une décision collective, même les plus basiques. Personne ne semblait savoir ce qu’iel souhaitait vraiment après une certes improbable démission de Manu Mac, ajoutant de la confusion à la confusion.
Le seul contre exemple étant la constitution d’un service d’ordre antifasciste organisant la riposte face à la petite bande de fafs venue jouer la provocation et cherchant à intimider un groupe de personnes en sortie de manifestation. Ils furent chassés la seconde fois et ne réapparurent plus. Cette belle riposte spontanée eut lieu devant un collège à l’heure de la sortie. Les élèves d’abord surpris-es et ne comprenant pas trop ce qui était en train de se jouer se servirent néanmoins avec enthousiasme dans les tracts que nous avions préparés. Ne comptons pas trop sur l’éducation nationale pour poursuivre ce travail d’éducation populaire mais réjouissons nous de constater une fois de plus que ce taf peut être facilement fait si nous nous en donnons les moyens.
La vigilance reste cependant de mise, les nazillons étant probablement en train de se préparer à être plus efficaces les prochaines fois. Et n’oublions pas que des manifestant-es, à fortiori des personnes minorisées ou marginalisées, ont pu être identifié-es comme tel-les et ne sont désormais plus en sécurité en ville si tant est qu’elles l’étaient auparavant. À noter quand même la belle contre-manifestation organisée lors de la venue d’Eric Zemmour dans un petit village à proximité de la préfecture. Nous aurions pu espérer que ce service d’ordre au moins se transforme en véritable organisation antifasciste menant un réel travail de fond et de terrain. Ce ne fut pas le cas.
Si nous pouvons accuser le manque d’expérience en organisation collective dans une ville pour laquelle ceci est plutôt marginal et les inévitables difficultés à trouver un terrain d’entente entre révolutionnaires et réformistes, d’autres raisons, plus préoccupantes, peuvent expliquer cet échec.

Dans un premier temps nous aimerions attirer l’attention sur le désintérêt constant du collectif Indignons-nous envers les luttes écologistes à venir dans le département et plus largement envers les campagnes environnantes, à l’exception de la mobilisation antifasciste contre Zemmour. En effet, alors que le mouvement général ET local appelaient à « tout bloquer » la grève des salarié-es de la sucrerie Cristal Union d’Arcis-sur-Aube contre des changements d’horaires fut passablement ignorée alors que celle-ci s’est déroulée au même moment. Alors même que cette usine fut épinglée quasi au même moment pour un scandale lié aux PFAS touchant également de près les betteraviers de la région ce qui aurait pu constituer un précieux moment de convergence. D’autant plus quand comme nous le verrons lors de la crise agricole, plusieurs membres d’Indignons-nous se sont affirmé-es particulièrement préoccupé-es par les enjeux de sécurité alimentaire et de santé publique lorsque les revendications contre la politique d’abattage contre la DNC et contre le Mercosur ont éclaté. Pourquoi donc cette opportunité rare de créer des ponts de solidarité entre citoyen-nes, ouvrier-ères et agriculteurices ne fut pas saisie ?
Nous entendons bien que cela demande une logistique particulière mais des solutions peuvent être trouvées si nous nous en donnons la peine. Des camarades sont véhiculé-es et peuvent proposer un covoiturage voire le prêt de leur voiture. Même chose pour l’éventuel matériel, une mutuelle de matériel et d’outillage peut être mise en place et des ateliers créatifs peuvent être organisés pour la préparation d’affiches, de banderoles ou de tracts. En gardant bien sûr un œil attentif à ne pas reproduire une répartition genrée des tâches, une garderie pour les enfants ou les animaux non humains serait aussi un outil primordial. Plus généralement se pose la question de l’accessibilité aux manifestations, même en centre ville.

L’Aube et les départements limitrophes sont également touchés par plusieurs projets d’élevages intensifs de poulets de chair. Nous parlons de la bagatelle de 80 élevages (oui 80) sur l’Aube, la Marne et l’Yonne ainsi qu’un méga abattoir qui sera alimenté en victimes animales par ces mêmes élevages. Un projet colossal donc, que n’importe qui touché-e par les thématiques susmentionnées ainsi que par le « bien être » animal devrait trouver scandaleux. Et pourtant…
Nous pourrions aussi parler de la mise à grand gabarit du canal de la Seine, entre la Seine-et-Marne et l’Aube dont les conséquences sur la biodiversité locale seraient absolument désastreuses. Ou bien du projet d’usine de transformation des déchets nucléaires Newcleo à Marnay-sur-Seine. Et nous le ferons. Malheureusement pas avec le soutien d’Indignons-nous Troyes qui ne semble décidément que très peu intéressé par la solidarité qui aurait pu être apportée aux collectifs locaux concernés. Précisons que malgré ce constat, nous incriminons le collectif en tant que tel mais certainement pas les personnes qui le composent individuellement. Nous vous donnerons bientôt les informations nécessaires relatives à ces luttes à venir. 

S’il ne s’était agit « que » de ça, peut-être aurait-il encore été possible de construire quelque chose ensemble. Mais le plus grave, ce fut bien les comportements oppressifs répétés et le manque, l’absence totale de remise en question, pas seulement des personnes ayant eu ces comportements, mais aussi d’une large partie du collectif, dont, soulignons le, certain-es militant-es de la France Insoumise et de Révolution Permanente. En effet, pendant la quasi totalité de l’existence du collectif, des propos et comportements notamment racistes et classistes avec en fond une fétichisation abjecte des « banlieues » ont été tenus de manières répétés sans que les personnes incriminées ne fassent le moindre effort pour prendre en compte les remarques qui leur furent faites. Pire, elles obtinrent un soutien sous la forme de tone policing et d’accusations en pureté militante afin de silencier les personnes atteintes par ces paroles et comportements, accusées dès lors de créer un « climat de peur. » Il nous semble clair que nous avons affaire là à un cas de DARVO (Deny, Attack and Reverse Victim and Offender). Les rôles sont ainsi inversés et ce sont aux victimes, identifiées alors comme coupables, de se justifier pour s’être défendues face aux multiples agressions qu’elles ont subies. Et quand des critiques sur le concept foireux de pureté militante furent émises, elles furent ignorées, le schéma se répétant ainsi plusieurs fois. Rappelons que tout cela eut lieu alors qu’un travail de fond sur l’antifascisme avait commencé à être réalisé en lien avec le service d’ordre et que le sujet fit les titres nationaux quand les membres d’un club de parachutisme eurent la bonne idée de se déguiser avec blackfaces et costumes du KKK dans l’est du département. Le collectif Indignons-nous Troyes s’exprima d’ailleurs publiquement aux travers de posts bien documentés sur les réseaux sociaux. Ces prises de positions publiques au nom du collectif n’ont pu être faites que grâce à une des personnes minorisées et victimes. Si ce n’était pas elle qui s’occupait de la comm, rien n’indique que ces prises de position auraient été faites. Il faut croire que l’antiracisme n’est encore pour certain-es qu’une posture morale et non une lutte politique contre tout un système. Facile de s’indigner pour des costumes du KKK, moins d’interroger ses propres biais. Nous pensions être dans un collectif de gauche et non à l’université d’été du PS.

Une de nos membres directement concernée par la situation qui avait pris ses distances avec le collectif souhaitait malgré tout conserver les liens créés avec quelques personnes qu’elle avait revues de façon informelle en dehors. Même dans un contexte affinitaire comme celui-ci, elle fut ghostée lorsqu’elle pointa le racisme et le classisme larvé dont elle fut victime. Effectivement, après que la situation ait éclatée, une discussion ouverte à toustes fut proposée pour qu’une solution soit trouvée. La personne à l’origine de cette initiative et « proche » de notre camarade a finalement choisi de ne consacrer son temps qu’à la personne autrice des violences avec qui elle partage par ailleurs plusieurs privilèges, notamment de race et de classe. La camarade ayant pris la parole pour dénoncer ces violences fut, elle, ignorée.
Ces événements sont récents, et nous gardons le bon soupçon. Les rapports de domination, tout comme les soutiens qui se tissent entre celleux qui en bénéficient, ne sont pas toujours conscients. Nous ne prétendons pas que cette priorisation était délibérée. Mais elle existe, et elle s’inscrit dans des logiques de classes.
Ces mécanismes, lorsqu’ils ne sont pas interrogés, façonnent les comportements. Même si cette personne reconnaît ses biais et revoit son positionnement a posteriori, cela ne change rien au fait qu’elle a, dans l’instant, privilégié ses intérêts et liens de classe malgré les liens affinitaires qui avaient pu être créés lors de ces rencontres informelles en dehors avec notre camarade. Sociologiquement, cette réaction illustre parfaitement les réflexes inconscients des groupes dominants. Elle est d’autant plus révélatrice qu’elle échappe à la conscience de celleux qui la reproduisent et est, de ce fait, bien plus difficile à identifier que des mécanismes comme le tone-policing.
Le clou du spectacle eu lieu lors d’un dernier échange avant notre départ définitif lorsqu’une personne cochant un bon nombre de cases du bingo des privilèges se permit de dire aux personnes s’étant plaintes de comportements oppressifs qu’elles « faisaient chier » assorti d’une affirmation lunaire et surtout excessivement paternaliste sur « l’unité, seule arme des opprimé-es. » Il se paya ensuite le culot de faire reposer la charge mentale de la gestion des comportements oppressifs sur les personnes oppressées en leur demandant avec une fausse naïveté si elles avaient initié des groupes de discussion pour résoudre le problème collectivement, passant sous silence que l’une d’entre elles avait essayé de mettre en place des outils de résolution des conflits depuis le lancement du collectif.
S’il en était encore besoin (et à ce stade c’est tout simplement hallucinant), les personnes ainsi visées ont surtout fait la démonstration de leur union. Mais pas au goût de ces seigneurs encore trop bons pour prodiguer des conseils non sollicités.
Comme à chaque fois ce sont les personnes minorisées qui ont soulevé le problème et comme à chaque fois, leur parole n’a pas été prise en compte ni a-t-il été admis une seule fois qu’elles avaient raison de le faire par les personnes privilégiées. À l’inverse, la personne visée par ces accusations a été ménagée par le reste du groupe qui n’avait que des espaces de « discussion » où tous les partis se valaient à proposer. Les demandes « d’union » répétées ne sont donc que des invitations à sens unique. On invite systématiquement les personnes minorisées à s’unir avec les personnes privilégiées mais jamais l’inverse. Nous nous permettrons donc de décliner ces invitations tant que nous n’aurons pas de gage de bonne foi.

Comme nous l’avons déjà succinctement mentionné, la crise agricole se déroulant au même moment achèvera de mettre en lumière les différences profondes entre les membres du collectif mais nous reviendrons d’abord sur nos réflexions sur les modes d’organisation et d’éducation populaire ainsi que sur la potentielle suite au mouvement.

Qui sommes nous?

Nous sommes un collectif autonome, libertaire et antispéciste basé à Troyes et alentours. Notre combat est celui d’un projet révolutionnaire d’écologie sociale, autogestionnaire et de démocratie directe où les moyens de production appartiennent à la communauté et où la production et la distribution des ressources sont réalisées de chacun-e ses moyens à chacun-e ses besoins dans un souci de préservation de l’environnement et de ses habitant-es humain-es et non humain-es. Nous soutenons la diversité des tactiques et privilégions le militantisme de terrain, loin de la politique politicienne et des institutions, pour y parvenir. Ce document exprime les grandes orientations qui nous animent et ne prétend en rien être ici sous sa forme définitive.

Notre lutte est anticapitaliste. Nous ne nous opposons pas seulement aux abus du système qui domine aujourd’hui le monde entier. Nous sommes radicalement opposé-es à ses fondements : l’exploitation du travail humain au profit de minorités dirigeantes et privilégiées, la destruction progressive des ressources naturelles, le développement mondial inégal et l’impérialisme, l’aliénation de l’individu-e, la domination étatique sur la société, l’appareil répressif et judiciaire qui le protège.

Notre lutte est anti-étatiste. L’État est une structure pyramidale où le pouvoir s’exerce du haut vers le bas. Il est par nature oppressif et centralise le pouvoir. Intimement lié au capitalisme, il en gère les grands mécanismes et protège ses intérêts, encadre, corrige, réprime la population et contrôle le système éducatif. L’État repose également sur l’établissement de frontières, le patriotisme et le nationalisme. Il se construit au prix de l’écrasement de spécificités culturelles au profit d’une culture centrale, dominante, appauvrie et s’oppose au droit fondamental de libre circulation des personnes.

Notre lutte est antifasciste. L’antifascisme se résume trop souvent à une simple opposition à l’extrême droite. Or, loin de nous reconnaître dans les prises de position tièdes sur les question de racisme et de nationalisme d’une pseudo gauche dépassée, institutionnelle ou non, nous affirmons un soutien, sinon actif a minima de principe, à toutes les luttes décoloniales et anti-impérialistes motivées par une émancipation démocratique et entendons également combattre toute forme d’autorité ou rapport de subordination illégitime ainsi que toute emprise obscurantiste.

Notre lutte est antipatriarcale. Nous nous opposons au contrôle exercé sur nos corps, en premier lieu celui des femmes et minorités de genre, tout comme nous rejetons les normes imposées par le patriarcat qu’il s’agisse d’identités de genre, d’orientation sexuelle, d’apparence physique, d’essentialisation et de stéréotypes de genre et combattons l’ensemble des discriminations et inégalités qui en découlent.

Notre lutte est intersectionnelle et matérialiste. Reconnaissant que les oppressions subies par les classes sociales déjà dominées peuvent s’entrecroiser, donnant ainsi lieu à de nouvelles formes spécifiques d’oppressions et auxquelles peuvent s’ajouter aussi déterminismes sociaux, handicaps et troubles psy, nous nous donnons pour finalité le respect absolu de l’identité de chacun-e, que toustes puisse trouver une place dans la société, s’y épanouir et disposer de moyens d’existence satisfaisants (accès au logement, aux soins, à l’éducation et aux connaissances…)

Notre lutte est écologiste. Alors que les effets de l’urbanisation outrancière, de nos modes de production mortifères et la recherche systématique de profits se font de plus en plus pressants et brutaux, les promesses de transition écologique et de réformes ne sont que des marques supplémentaires de mépris de la classe dirigeante, bien à l’abri des conséquences désastreuses d’une telle politique. Si notre écologisme est radical, il n’est cependant pas opposé à la technologie par principe ni ne voit en celle-ci une réponse à tous les défis environnementaux actuels et à venir.

Notre lutte est antispéciste. Nous reconnaissons aux animaux non humains leurs capacités à vivre des expériences positives ou négatives (sentience) et estimons que celles-ci sont déterminantes dans la façon de traiter les individu-es. La minimisation de ces expériences négatives devient donc un impératif moral dont la mise en application concrète est le véganisme. Reconnaissant par ailleurs l’impossibilité pour certaines personnes de vivre d’un végétalisme strict, nous nous référons à la définition du véganisme de la Vegan Society qui stipule qu’il s’agit d’un mode de vie excluant l’exploitation animale (pour se nourrir, se vêtir ou tout autre but) dans la mesure du possible et réalisable. Pour autant, le véganisme ne doit pas être considéré comme une finalité et c’est bien par une lutte active contre le système spéciste dans son ensemble et non par un simple boycott que la libération animale pourra devenir réalité. L’action directe (sauvetages, ouvertures de sanctuaires blocages, sabotages…) doit être privilégiée.

Notre lutte n’est pas pacifiste. Nous reconnaissons la pertinence de postures non violentes selon les circonstances mais reconnaissons tout autant la nécessité et la légitimité des classes opprimées à avoir recours à l’établissement d’un rapport de force face à celleux qui les oppressent en premier lieu. Sans appeler à la violence par principe, nous refusons toute attitude dogmatique qui ferait du pacifisme l’unique stratégie valable.

Quelques pistes pour contrer l’isolement et le sentiment d’impuissance

Après plusieurs années à côtoyer divers collectifs dans la région, nous dressons le constat de rangs clairsemés dans notre camps politique. Nous avons parfois du mal à nous structurer durablement et les tentatives de pérennisation d’un mouvement anarchiste ou du moins radical ont échoué ou évolué vers quelque chose où nous nous ne reconnaissons pas pleinement. Pour ne donner que quelques exemples, les comportements autoritaires, virilistes et individualistes y sont monnaie courante tandis que les droits des animaux non humain-es y sont massivement ignorés. L’état des forces antispécistes est lui encore plus alarmant, complètement dépolitisé et laissant place aux pires idées réactionnaires, racistes, transphobes, conspirationnistes…

Pourtant, nous savons que nous ne sommes pas seul-es. Lors de récentes manifestations, l’enthousiasme de certaines personnes envers nos idées et les demandes de stickers en témoignent. Nous ne croyons pas qu’être en nombre soit un prérequis et sommes au contraire convaincu-es qu’un petit groupe affinitaire de personnes déterminées peut atteindre des objectifs à portée locale. Si nous disposons de peu de moyens, cela est à mettre en perspective avec le fait que tout reste encore à faire.

Affichage / désaffichage (et plus généralement reprise de l’espace public face aux capitalistes et leurs pubs, aux fascistes et leurs horreurs, à l’appareil répressif et son système de surveillance généralisé), tractage en manif, veille antifasciste, récup et glanage de nourriture pour des maraudes, journal militant local, organisation de soirées de soutien, de projection de films, d’ateliers de cuisine végane ou de formation (en cybersécurite, en autodéfense juridique, physique, intellectuelle, autour de la culture du care…) sont autant d’objectifs facilement atteignables, demandant peu de ressources, ne comportant pas ou très peu de risque et utiles pour la préparation de projets plus ambitieux.

Faire émerger une véritable force politique qui nous ressemble, à nous, anarchistes ET antispécistes, où chacun-e trouvera sa place, indépendamment de son statut, de ses disponibilités et de ses compétences, est possible.Cet appel s’adresse à toutes les personnes qui se reconnaissent dans nos idées. Que vous vous sentiez isolé-es, socialement ou par sentiment d’impuissance ou que vous vous retrouviez déjà dans les axes de lutte cités précédemment, contactez-nous !