Interview – Total Liberation Records

Nous republions ici l’interview du label Total Liberation Records parue récemment dans le zine brésilien Crise and Crime. TLR est un label créé en parallèle de La Loutre Deter visant à soutenir des collectifs en lutte à travers la sortie de compilations.




Quelle était l’intention derrière la création de TLR ?
TLR a été créé dans l’intention de soutenir financièrement, à ma modeste échelle, des collectifs luttant contre la kyriarchie. Je crois que l’art en général, et particulièrement la musique, est un outil puissant pour rassembler les gens, transmettre des idées et donner la force de garder la tête et les poings levés. Je me suis grandement inspiré d’autres labels comme Fiadh Productions, Syrup Moose Records ou encore Food Desert Recordings, pour n’en citer que quelques-uns, qui faisaient déjà cela.

Une part importante de tes activités consiste à soutenir des organisations liées au véganisme et à la libération animale. Comment vois-tu l’importance de ces enjeux dans la construction d’un monde meilleur ?
Le nom TLR parle de lui-même. Je suis convaincu que la segmentation des luttes est une impasse. Personne n’est libre tant que nous ne le sommes pas toustes. Ce principe doit aussi inclure les animaux non humains. C’est pourquoi je m’efforce de travailler en faveur d’une libération totale, humaine et non humaine. Au-delà des questions éthiques évidentes liées à l’exploitation et à la souffrance animale, les enjeux sont aussi écologiques, mais aussi sociaux, à travers la répartition des richesses ou les conditions de travail dans les élevages industriels et les abattoirs, par exemple. Il s’agit également d’une question de santé publique, car cela nous pousse à repenser nos modèles agricoles pour fournir une alimentation saine et suffisante à toustes. La pandémie de COVID-19 est un exemple flagrant de ce à quoi mène l’exploitation effrénée des animaux et la destruction des espaces naturels.

TLR a produit plusieurs compilations. Peux-tu nous en parler un peu ?
La première compilation soutient 269 Libération Animale, un collectif initialement créé en France mais désormais actif dans une grande partie de l’Europe, et qui s’internationalise de plus en plus. Ce collectif attaque les structures capitalistes et spécistes par la pratique de l’action directe (blocages d’abattoirs, libération d’animaux placés en refuges, entre autres). Cette compilation est très orientée black metal. C’était un peu un désir personnel, car c’est le genre qui me parle le plus.
La deuxième compilation est déjà beaucoup plus éclectique, avec du punk, du grind, du hardcore… Elle soutient Agripunk, un refuge en Italie qui est aussi un centre social autogéré proposant de nombreux événements culturels.
La troisième et dernière compilation, musicalement dans la lignée de la précédente, reverse cette fois ses bénéfices à Vegan in Palestine, qui agit sur le terrain pour fournir de l’eau et de la nourriture aux victimes de ce génocide horrible perpétré par Israël avec la complicité des États occidentaux.

Où peut-on trouver les productions de TLR ?
Les compilations sont disponibles en version numérique sur Bandcamp et Ampwall. Les versions CD peuvent être obtenues auprès du label partenaire Stuhac Propaganda.

Quels sont les projets futurs de TLR ?
TLR a pris une longue pause depuis la dernière compilation, et il est temps d’annoncer la prochaine. Celle-ci soutiendra la communauté LGBTQ+ du camp de réfugié-es de Kakuma au Kenya, qui vit dans des conditions extrêmement difficiles. Je ferai l’annonce sur les réseaux sociaux très bientôt, mais les personnes qui souhaitent participer peuvent déjà me contacter.
J’aimerais parfois travailler sur des formats plus courts, peut-être en partenariat avec un seul groupe lorsqu’une situation d’urgence survient et qu’il faut lever des fonds rapidement. Mais je ne suis pas encore tout à fait sûr de la méthode, c’est une réflexion en cours.
J’ai récemment tenu un stand lors d’un petit festival punk, et j’aimerais le faire plus souvent, afin d’être aussi présent localement.

Dans le climat politique actuel, où le fascisme est en hausse dans plusieurs pays, comment, selon toi, peut-on garder espoir et la force de lutter ?
Je pense que le plus important est de construire des communautés solides, basées sur la solidarité et l’entraide. Des choses assez simples peuvent suffire : distribuer de la nourriture à celleux qui en ont besoin, proposer de l’éducation populaire, de l’aide aux devoirs, organiser des ateliers de réparation… Tout cela permet d’adoucir un peu la vie des personnes écrasées par le capitalisme, et aide à créer des liens, car un autre ennemi que nous avons tendance à oublier, mais qui est bien plus insidieux, est l’isolement. Une fois ces liens bien établis, nous pourrons alors plus facilement apporter une réponse forte à celleux qui veulent nous asservir ou nous détruire. Et bien sûr, celleux qui sont déjà prêt-es à lutter de manière plus frontale doivent le faire. La diversité des tactiques est absolument nécessaire. Cependant, n’oubliez pas que c’est un marathon et non un sprint : évitez l’épuisement et prenez soin de vous et de vos proches.

Interview réalisée le 14/07/2025 et parue dans le numéro 2 de Crise & Crime le 05/02/2026

Note: la compilation de soutien à 269 Libération Animale a été retirée et va ressortir prochainement en soutien à un autre collectif et assortie d’un nouvel artwork. Lire le communiqué du label expliquant les raisons de cette désolidarisation.

Retrouver TLR sur
Bandcamp

Ampwall

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